Invité par la Galerie Patricia Dorfmann, Julio présente le travail de cinq artistes aux racines latino-américaines vivant ou ayant vécu en Europe.

Ces cinq artistes ont une approche particulière à l’abstraction géométrique, tradition ancrée dans l’art latino-américain. La pluralité de ses regards crée un panorama diffracté, il se révèle une pluralité d’intentions se tenant derrière d’apparentes similitudes formelles. Par diffraction la lumière se décompose en couleurs pures, et on associe à ce phénomène des schémas géométriques qui font partie de l’imaginaire collectif. Mais aussi, un regard diffractif sur le monde implique un déplacement par rapport à l’axe habituel d’observation. Il nous intéresse d’aller au delà des géométries visibles pour dévoiler les différents points de vue qui ont donné l’impulsion à la démarche de chacun de ses artistes.

Juan Stoppani (1935, Buenos Aires) est un artiste et scénographe argentin appartenant au premier groupe actif de l’institut Di Tella pendant les années 60 à Buenos Aires, autour du mouvement Pop Art en Argentine. Pendant les quatre décennies où il a vécu en France, il collabore avec Jean-Louis Barrault, Jérôme Savary, Roland Petit, Jorge Lavelli et le dessinateur et dramaturge Copi. De nombreuses oeuvres de cette époque – et depuis lors – ont été réalisées avec l’artiste Jean Yves Legavre. Stoppani voit dans la géométrie un exercice poétique qui lui permet un regard sur les passions humaines à partir de ses thèmes de prédilection : la cupidité de la société, la richesse des motifs comme reflet des origines, les icônes du XX siècle, ses amitiés, ses chats. Les rideaux peints, ici présentés ont été produits dans les années 80 à l’occasion des défilés du Studio Berçot.  Stoppani continue actuellement à travailler en Argentine dans sa maison-atelier à La Boca.

Carla Bertone, née en 1975 à Buenos Aires, vit actuellement à Berlin. Elle s’est intéressée à l’avant-garde du courant géométrique argentin des années 40 et en a fait le sujet d’une thèse. Elle joue avec le dehors du cadre, en installant des peintures comme les pièces d’un puzzle dont les prolongements des lignes nous font percevoir un espace en dehors de ses limites. Elle cherche à mettre en place des métaphores de notre façon de penser, de percevoir et de nous comporter. Elle entend l’abstraction comme un processus cognitif jetant un autre regard sur la réalité et permettant de changer le contexte immédiat. Pour elle, l’abstraction et la géométrie conduisent à une attitude contemplative qu’elle veut provoquer chez le spectateur, et l’aider à penser hors de l’emprise du développement technologique et de la vitesse obligée du monde actuel. Les objets serviraient alors de support à ce changement de perception, dont le but serait d’acquérir une autre conscience sur la réalité.

Martín Kaulen est né à Santiago du Chili en 1988. Il vit et travaille à Paris. Son travail puise ses sources dans l’art géométrique précolombien. Il imagine recréer un parcours supposé jusqu’à l’abstraction géométrique, représentative des mouvements de l’art concret et néo-concret. Dans son cheminement, il fait escale dans le domaine de l’architecture et du design latino-américain. Il a mené des projets de recherche dans des résidences artistiques au Chili et en Allemagne (ZKM, KIT), établissant des points de rencontre entre art, science et technologie. Kaulen utilise des matériaux issus de l’entourage quotidien que la ville rejette – un arbre tombé, un palmier coupé dans un jardin -, sans oublier leur provenance. Il veut détourner notre contrôle de l’observation, en provoquant des situations où une normalité apparente est disloquée par un élément disruptif, créant un mouvement inattendu. Pour cela, il travaille à partir de multiplications formelles en séries logiques dans lesquelles un manque ou un changement se produit parfois.

Valentina Canseco (1985) travaille actuellement aux ateliers 6B à Saint-Denis. Elle est d’origine brésilo-chilienne et elle a vécu à Medellin quelques années. Sa pratique s’étend du dessin à l’installation. Canseco regarde et décortique les objets urbains qui nous entourent, principalement ceux issus des matériaux les plus humbles. Fascinée par la cagette, elle en a extrait un module qu’elle décline, déconstruit et utilise comme une matrice aux potentialités infinies. Par ces jeux de transformation, les morceaux de cet objet du quotidien deviennent des formes abstraites et se superposent jusqu’à nous faire oublier leur destination première. Détournée de sa fonction, la symbolique de l’objet se révèle d’autant plus. Elle migre de l’objet au plan pour revenir à l’espace. A partir de sa géométrie épurée, elle compose un nouveau paysage.

Valeria Maculán est née à Buenos Aires en 1968. Elle vit et travaille à Madrid, où elle a fondé et dirige un espace indépendant d’art contemporain «Alimentación30». Elle travaille sur les rapports entre nature et architecture, géométrie et ornement, en recherchant l’empathie avec le spectateur par le biais des arts décoratifs dans ses rapports avec l’art contemporain. Dans ses œuvres, on décèle l’héritage de l’art concret en dialogue avec l’idée reçue de l’exubérance latino-américaine de l’ornement. Elle s’appuie sur ces contrastes pour provoquer une hybridation entre l’objet de culte et le banal. Ses objets textiles sont à la lisière des peintures murales et de la sculpture, du personnage et du costume. Ce sont des pièces malléables qui se plient et se déplient pour assumer leur condition de voyageurs, de guerriers d’une armée imaginaire qui prend forme une fois suspendue.

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